Andechser Molkerei Scheitz construit son avenir

Auteur: Karin Heinze

Pas moins de quatre générations qui se sont succédé, et une histoire qui dure depuis 101 ans, font que la laiterie bio 'Andechser Molkerei Scheitz', est celle qui a la tradition la plus longue en Allemagne. Pas question pour autant de se reposer sur ses lauriers. Derrière la réussite, il y a l'innovation qu'il a fallu inscrire pas par pas dans le présent. L'entreprise située près du lac Ammer s'est lancée dans divers projets de construction, dans la protection de l'environnement et du climat, ainsi que dans une campagne publicitaire télévisuelle, avançant ainsi à pas décisifs. (Photo : Barbara Scheitz est très entreprenante, tout est fait pour maintenir la société dans un esprit de développement durable et conforter son avenir)

 

Sept nouveaux fournisseurs de lait en mars, dix autres exploitations bio en avril : cela fait au total près de 600 vaches et 3,2 millions de litres de lait bio en plus par an. Nous avons environ 15 000 vaches et 14 000 chèvres qui travaillent pour nous déclare Barbara Scheitz (Photo) qui est à la tête de l'entreprise, avec sourire et fierté. Ce sont nos collaborateurs extérieurs en quelque sorte. Sur place, à la laiterie à Andechs près du lac Ammer, ce sont 190 employés en équipes de trois huit, qui travaillent à préparer le lait, à remplir les bouteilles, ou à transformer les produits pour qu'ils deviennent du beurre, des yaourts, du petit lait, du fromage que l'on trouve ensuite sous la marque Andechser Natur®. Depuis 2009, on ne transforme qu'exclusivement du lait bio, soit quelques 92 millions de litres par an. Plus de 600 exploitations agricoles travaillent avec la laiterie. Nous protégeons 22 000 hectares de terres bio, avec tous les aspects positifs que cela entraîne, déclare cette femme chef d'entreprise, d'un ton réjoui.

Des catastrophes comme celles de Tchernobyl ou de Fukushima, mais aussi les conditions de changement climatique, et le problème de l'environnement en général, affectent Barbara Scheitz : nous n'avons qu'une seule terre, dit-elle. Elle est en outre une fervente partisane de l'Agenda 21 au niveau local car il doit permettre de trouver un équilibre durable entre écologie, économie et éthique. Elle tient à mettre ces idées nouvelles en pratique, dans la vie de tous les jours. Penser écologique, qu'il s'agisse de production bio ou de lutte contre le réchauffement climatique, c'est depuis plus de 30 ans, une pratique bien enracinée à la laiterie. C'était déjà pour le père de l'actuelle dirigeante, Georg Scheitz, une préoccupation fondamentale, qui fait pratiquement partie intégrante de la philosophie et de la bonne marche de l'entreprise.

Barbara Scheitz reste cependant tournée vers d'autres projets pour sécuriser la matière première brute et assurer le développement durable : une étroite coopération avec les producteurs de lait, associée à la prise de conscience des questions de provenance régionale, d'économie d'énergie, de protection de l'environnement et du climat. A titre d'exemple on peut citer le projet de la betterave à sucre cultivée par les agriculteurs du Steiermarck : le sucre brut vient de ce fait de la région et n'aura pas été importé. La pulpe de la betterave sucrière est utilisée après extraction du sucre, comme nourriture pour les chèvres. Dans le domaine de l'énergie, l'entreprise s'est engagée depuis 2008 dans l'utilisation d'énergie 100 % écologique (Greenpeace Energy) à partir de ressources locales. La laiterie a réussi par ailleurs, à faire baisser la consommation d'eau de 12 %, malgré des volumes de production plus importants, et à traiter les eaux usées par épuration biologique aérobie. (Photo : la laiterie moderne travaille au rythme des trois huit)

S'engager dans la protection du climat est la préoccupation du moment. L'un des objectifs importants est d'ores et déjà atteint : la laiterie Scheitz est la première laiterie en Allemagne à avoir obtenu du TÜV Nord, la certification carbone neutre TN-CC 005 pour les trois catégories de produits (lait, beurre, yaourts aux fruits). Tous les maillons de la chaîne de valeur ont été passés au crible, de la production en passant par la transformation et la distribution, jusqu'au consommateur final, afin de mesurer l'empreinte carbonique des produits. Cela n'empêche pas Barbara Scheitz de rester modeste : ces mesures que nous avons développées et mises en place au cours de ces deux dernières années font partie de nos fondamentaux; il nous faut les améliorer continuellement.

Evaluer l'empreinte carbone du lait et des produits laitiers est très complexe dit-elle, surtout qu'il n'existe plus depuis bien longtemps d'indicateur de performance. L'entreprise travaille avec l'Université de Technologie de Munich, pour arriver à examiner la chaîne de valeur dans son ensemble. Et on n'exclut ni la question de savoir si la vache contribue à tuer le climat, ni comment arriver à établir un bilan carbone qui soit utile et valable. Barbara Scheitz espère obtenir jusqu'en 2015 des données fiables qui puissent servir d'indicateur de performance. On a que trop souvent mis dans la tête du consommateur des idées en matière de réchauffement climatique qui, pour pouvoir apporter une solution à ce défi immense, sont loin d'être efficaces. Nous voulons que les choses soient parfaites, et faire en sorte que tout soit le plus simple et le plus transparent possible pour nos clients. Protéger le climat au niveau régional de façon intelligible, c'est ce qu'elle revendique. Avec les investissements que nous avons réalisés cette année, nous nous rapprochons sérieusement de notre objectif. Nous sommes sur la bonne voie, dit-elle.

Pour répondre à ses besoins d'approvisionnement global en énergie écologique et pouvoir mieux gérer ses installations, l'entreprise a entrepris d'investir dans trois projets de construction. Tout d'abord une centrale à énergie renouvelable pour la production et la fourniture d'énergie. Deuxièmement, un bureau et des locaux multi-usages à énergie positive, conçus non seulement dans l'esprit de F. Hundertwasser (Photo), mais pour rendre aussi service à la collectivité en évitant les émissions de gaz à effet de serre. Et troisièmement, une laiterie modèle que l'on peut voir à l'intérieur du bâtiment Hundertwasser. B. Scheitz envisage au demeurant d'installer un système de récupération de chaleur (produite au sein de la laiterie) qui puisse alimenter les foyers des alentours. Il existe dans le voisinage un lotissement prêt à en faire l'expérience.

Notre objectif est de sécuriser l'avenir écologique et technologique de l'entreprise, déclare Barbara Scheitz. Mais nous souhaitons aussi que la protection du climat ne soit pas qu'un nébuleux commerce d'indulgence et que chaque consommateur apporte sa contribution à travers ce qu'il achète. Il est certes indéniable que l'agriculture biologique est moins polluante que l'agriculture conventionnelle, son empreinte carbone est inférieure de 30 % à celle de l'agriculture conventionnelle. Mais il se trouve qu'en matière de bilan carbone, la filière n'est pas encore tout à fait au point, car il s'agit d'une question qui doit être abordée sous des angles différents. Il y a beaucoup de facteurs qui interviennent, déclare B. Scheitz, c'est pourquoi nous voulons d'ores et déjà dire que nous y travaillons et que essayons de faire au mieux à la fois pour l'homme et l'environnement

Ce message destiné au consommateur final pour soigner l'image de marque de la filière, a été rendu public pour la première fois sous forme de spot publicitaire diffusé sur sept chaînes de télévision. L'entreprise d'Andechs a pu tabler sur quelques 125 millions de contacts, et a eu un retour d'information très positif tant de la part du consommateur que du commerce. Les magasins spécialisés bio ont soutenu la campagne publicitaire (le spot TV montrait un enfant ouvrant le réfrigérateur et y découvrant un agriculteur moustachu tenant un yaourt de la marque en main), en organisant différentes actions commerciales. Pour B. Scheitz la publicité à la télévision représente quelque chose de nouveau pour la filière, et c'est une expérience passionnante, dit-elle. Elle contribue à donner une meilleure image de marque du commerce spécialisé et celui-ci y gagne en notoriété. La dernière phrase du spot TV se terminait d'ailleurs par: « dans votre magasin bio ».

Premier pas vers une norme de certification CO2 neutre pour la production laitière

Jusqu'en novembre dernier il n'existait aucune méthode d'évaluation des émissions de CO2 dans la production de lait et de produits laitiers. L'organisation internationale qui chapeaute le VDM -Verband der Deutschen Milchwirtschaft-(Comité National allemand), à savoir la Fédération Internationale des Laiteries (International Dairy Federation) dispose maintenant d'une méthode d'attribution des GES dans la production primaire de lait. C'est un premier pas pour qu'à l'avenir on obtienne au niveau national et international des données comparables, un cadre d'indicateurs et des critères de référence pour mesurer l'empreinte écologique générée par la production de lait. La norme repose sur toutes les directives en vigueur à l'heure actuelle qu'il s'agisse de la norme ISO 14040/44 ou de la PAS2050 utilisées par le TÜV Nord lors de la certification CO2 neutre des produits de la laiterie 'Andechser Molkerei Scheitz'.

13.12.2011

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