Certifications biologiques : plus de transparence pour moins de fraude en Europe

Auteur: Kai Kreuzer

Des scandales réels ou supposés n'ont pas manqué d'entacher la filière bio ces dernières années. Pour l'instant aucun - il faut s'en féliciter - n'a laissé de traces importantes. Mais les statistiques de ventes accusent le coup chaque fois que la confiance des consommateurs est ébranlée. En fin de compte, c'est toute la filière biologique européenne qui est dans le même bateau lorsqu'il s'agit de démontrer que ce qui est indiqué sur l'emballage comme étant bio, est bien bio. (Photo: Rolf Mäder de BioC GmbH)

 

Du nitrofène dans les céréales, des pesticides dans de la marchandise importée, de fausses céréales bio, de la volaille ou de la viande de porc re-labellisées bio: chaque scandale faisant la une des journaux met en danger toute la filière et compromet non seulement le chiffre d'affaires des magasins biologiques mais également celui de tout ceux qui de près ou de loin sont partie prenante dans le commerce de produits biologiques. Dès lors, de nombreux efforts entrepris pour sécuriser l'origine des produits ont contribué à améliorer la situation. Cependant le risque de porter atteinte à la filière est grand. La croissance en partie débridée, du marché de l'alimentation bio a fait naître dans beaucoup de pays, de plus en plus d'entreprises qui jusqu'alors n'avait que peu ou pas de lien avec le bio. Plus il y a d'acteurs sans grande expérience présents dans les circuits commerciaux, plus il est facile pour des fraudeurs d'introduire de la marchandise conventionnelle dans ce marché en expansion de plus en plus anonyme. (Photo : du nitrofène ou de la dioxine dans l'alimentation des volailles?)

C'est pourquoi, des efforts considérables ont été faits depuis des années pour augmenter la transparence dans les circuits commerciaux en mettant à la disposition de toutes les parties intéressées les certifications biologiques octroyées, jusqu'à là copiées et passées en interne tout au long de la chaîne du producteur au grossiste, en un lieu neutre. S'il y avait la possibilité, à l'échelon européen d'instaurer un contrôle, qui serait facile à mettre en place et réalisé en toute indépendance, on éviterait ainsi que de la marchandise biologique ne circule avec un faux certificat ou une attestation périmée. Ce qui peut apparaître encore comme utopique aujourd'hui, peut potentiellement devenir réalité dans peu de temps. (Photo : Une réunion à Bologne en 2011 sur la question de la lutte anti-fraude - des carabiniers italiens s'informent sur les moyens de prévenir la fraude)

C'est dès le début du 20ème siècle que Jochen Neuendorff  de l'organisme de contrôle et de certification Gesellschaft für Ressourcenschutz, basé à Göttingen, s'est demandé comment limiter la fraude dans la filière biologique. Fort de son expérience, il parle en connaissance de cause: «Lors des premiers gros scandales en Allemagne, on a fait passer des céréales conventionnelles comme céréales bio à l'aide de certifications falsifiées». En 2003, afin de remédier à la situation, il a décidé de créer sur internet, avec l'aide d'Ulrich Fischer, un répertoire des sociétés impliquées dans le contrôle et la certification des produits issus de l'agriculture biologique. Par la suite, grâce au financement obtenu dans le cadre du programme fédéral sur l'agriculture biologique, il a pu constituer une base de données sur internet dénommée bioC (abréviation de certification(s) bio). Grâce à la coopération de bon nombre d'organismes de contrôle et de certification, ils ont ainsi pu franchir une première étape victorieuse et montrer par là même que c'était la bonne voie. Au cours des années qui ont suivi, la base de données a pu fonctionner sans discontinuité, même si tous les organismes de contrôle allemands n'ont pas pu être ralliés au projet bioC.

„L'année dernière a marqué un tournant décisif car nous sommes repartis sur de nouvelles bases“ a déclaré Rolf Mäder, qui dirige aujourd'hui la nouvelle société BioC GmBH. En 2010, des organismes de contrôle et de certification, la Fédération allemande des producteurs d'aliments biologiques (BÖLW), les responsables de la base de données, et un représentant des instances administratives agricoles, se sont tous réunis autour d'une même table. Début 2011, la société bioC GmbH fut ainsi créée. La gestion de la base de données internet dépend à présent de celle-ci; les organismes de contrôle et de certification en détiennent 49 %, et le BÖLW 12 %. Le FiBL et Ulrich Fischer se partagent chacun pour moitié, les 39 % restants. La structure est ouverte à tout organisme de contrôle et de certification  désirant entrer au capital de la société. Grâce à cette association d'actionnaires, le projet a pu s'ancrer dans la filière bio et à partir d'une initiative isolée devenir la solution pour l'ensemble d'un secteur.

Ulrich Fischer (Photo de gauche) qui a développé la base de données ainsi que Rolf Mäder ont été chargés de diriger la société (pour plus d'informations biographiques veuillez vous reporter à l'encart ci-dessous). Tous les deux continuent à développer la base de données et à œuvrer pour que BioC offre la transparence nécessaire en matière de certifications.

"A l'heure actuelle notre base de données sur internet contient 75 % de toutes les entreprises allemandes et l'intégralité de leurs produits" déclare Rolf Mäder. D'ici la fin de l'année, il devrait y en avoir encore bien plus. Alors que des organismes de contrôle et de certification tels que ABCert, GfRS, IMO Kontrollverein, Prüfverein, ÖkOP en font déjà partie depuis longtemps, d'autres manquent encore. Ces derniers ayant chacun leur propre base de données, des pourparlers seront engagés dans les mois qui viennent afin de mettre au point une interface commune qui permettrait d'accéder via BioC à toutes les entreprises de la filière biologique. «Bien entendu toutes les données se trouvant dans la base de données BioC n'appartiennent pas à la plateforme internet, chaque organisme de contrôle conserve le droit de propriété sur ses propres données» déclare-t-il. «Il est hors de question qu'elles soient cédées ou même transmises à qui que ce soit»; «Le rôle de BioC n'est pas d'accorder la certification aux entreprises, cela reste l'apanage des organismes de contrôle et de certification eux-mêmes, mais de porter leur accréditation à la connaissance du plus grand nombre.

La nécessité de fournir plus de transparence sur les certifications biologiques figure dans un règlement récent de la Commission Européenne (426/2011 du 2 mai 2011) dans lequel il est dit : „Les États membres mettent à la disposition du public, de manière appropriée et notamment sous forme de publication sur l'internet, les listes à jour (des organismes de contrôle et de certification...), contenant des preuves documentaires actualisées pour chaque opérateur ...“. La publication sur internet s'applique à partir du 1er janvier 2013. Ce qui veut dire que l'Allemagne doit se doter d'une base de données nationale d'ici là.

A partir de 2012 la base de données bioC devrait intégrer d'autres organismes de contrôle et de certification européens. “S'ils pouvaient vérifier d'un seul coup que tous leurs fournisseurs sont bien certifiés bio, ce serait justement un énorme soulagement pour tous ceux qui s'approvisionnent auprès des producteurs bio et des magasins biologiques“ déclare Rolf Mäder. Début 2012, Skal, l'organisme de contrôle et de certification néerlandais jouera le jeu et transmettra les certifications qu'il a octroyées à bioC. D'ici deux ans, d'autres étapes importantes seront franchies en Europe jusqu'à ce que l'obligation de parution devienne légale. Cela ne veut pas dire que toutes les certifications octroyées doivent nécessairement figurer dans une seule et même base de données. Différentes bases de données européennes pourraient être mises en réseau et connectées par des interfaces communes. (Photo : Opération de vérification de marchandise importée)

Chaque année ce sont des milliers d'attestations c'est à dire de certifications octroyées à des agriculteurs, des producteurs biologiques et des sociétés d'emballage qui doivent être renouvelés et mises à jour. Si la filière optait pour une solution homogène, on n'y verrait que des avantages en termes de transparence et de facilité d'utilisation. Dans la mesure où le portail devrait être accessible en anglais, BioC envisage de présenter sous peu une version anglaise également.

Pour les consommateurs, il est important qu'ils puissent trouver leur agriculteur ou boucher bio, facilement et sans frais. Pour celui qui s'approvisionne auprès du grossiste biologique, ses exigences sont différentes; il est important de savoir au plus vite si la certification arrive en fin d'échéance ou non, ou si un fournisseur a été frappé d'interdiction légale de vente. „Pour ces derniers, nous avons dans BioC, la possibilité d'activer une fonction de notification pour en savoir plus sur ces fournisseurs“, explique Rolf Mäder. L'acheteur peut dresser sa liste de fournisseurs et nous demander en retour par mail si l'un d'entre eux est toujours dans l'annuaire BioC. „Nous comptons déjà environ 250 personnes qui se servent de cette fonctionnalité“ dit-il. Il estime qu'une laiterie ayant une centaine de fournisseurs s'économise quelques 20 heures de travail par an, dans la mesure où elle n'a plus à vérifier s'ils ont l'agrément ou pas. Même avec environ 20 % des organismes de contrôle et de certification manquants à l'heure actuelle dans la base de données bioC, cela représente malgré tout une belle économie en temps de travail.

Même en termes d'assurance qualité , l'inventaire dressé dans la base de données bioC offre un avantage supérieur à celui du classeur dans lequel les copies des certifications attribuées aux fournisseurs ne sont en général, classées qu'une fois par an. Ulrich Fischer : „Nous voulons améliorer progressivement la liste des agréments/certifications octroyés, y aller petit à petit, pour que le détenteur de la liste puisse aussi avoir connaissance des modifications apportées à l'agrément en cours de route, ou bien mettre en place une 'veille' pour pouvoir suivre un produit en particulier. Dans le cas de la laiterie, ce serait par exemple le lait. „De cette façon la laiterie pourrait s'assurer que tous ses fournisseurs possèdent bien la certification biologique. Je pense que pour eux, ça vaut largement un euro par an. C'est ce que coûte la requête par fournisseur“. En faisant ainsi payer les demandes de requêtes, il s'agit d'assurer à terme le financement de la base de données. La recherche seule des informations et l'affichage des certifications restent gratuits.

Conclusion : Disposer de façon centralisée de toutes les certifications octroyées dans la filière bio devrait contribuer à augmenter de façon significative la transparence dans les circuits commerciaux biologiques en Europe. Bien sûr, il y aura toujours des cas de fraude car les prix plus élevés rendent le secteur plus attrayant. BioC reste néanmoins un moyen unique en Europe et dans le monde, pour limiter la fraude ici ou là, ou plutôt pour l'identifier plus facilement et pour surtout barrer la route aux fraudeurs potentiels, en relevant le niveau de contrôle.

 

Éléments biographiques

Ulrich Fischer (53 ans) est ingénieur agronome diplômé de l'Université de Munich Weihenstephan. Il s'est occupé d'agriculture biologique et a dirigé jusqu'en 1999 l'organisme de contrôle et de certification Alicon, absorbé depuis par ABCERT AG. Il s'est spécialisé par la suite dans la programmation internet. Alors que la filière bio connaît ses premiers scandales importants, il travaille en collaboration avec Jochen Neuendorff (GfRS) sur le projet : "les failles dans le contrôle des produits biologiques selon le règlement de l'UE 2092/91 et les voies possibles pour améliorer le contrôle et la certification des produits issus de l'agriculture biologique". Il est chargé depuis 2003 de développer et d'encadrer la base de données bioC.


Rolf Mäder (47 ans) est ingénieur agronome diplômé de l'Université de Bonn. Il a démarré sa carrière en 1992 chez Bioland Landesverband Hessen et a également travaillé un certain temps pour Bioland Bundesverband . En 1998 il est entré chez Alicon (absorbé plus tard par ABCERT) qu'il a dirigé jusqu'en 2002. Depuis cette date, il est au service du Forschungsinstituts für Biologischen Landbau (FiBL), où il s'occupe essentiellement des questions de provenance et de traçabilité des produits. Il collabore aussi au projet de recherche Bio-mit-Gesicht GmbH qui vise à assurer la traçabilité des produits au profit des circuits commerciaux et dont les données sont essentiellement utilisées par Tegut et Feneberg. Le FiBL a déjà mis sur pied avec succès la base de données européenne sur les semences, OrganicX seeds.

 
Pour plus d'info : www.bioC.info
 

31.08.2011

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