Succès assuré pour la conférence scientifique à Prague

Auteur: Kai Kreuzer/Sonika Aminforoughi

La conférence internationale sur la qualité de l'alimentation biologique qui s'est tenue dans la capitale tchèque du 18 au 20 mai 2011, s'est terminée dans un sentiment partagé de grande satisfaction par le trio d'organisateurs. A travers 40 exposés et 70 présentations par affiches, on a pu débattre des différentes approches scientifiques, des méthodes globales d'analyses, et faire le point sur l'état actuel des connaissances. De nombreux spécialistes, essentiellement des scientifiques venus de 30 pays, de Nouvelle-Zélande, de Bulgarie, d'Estonie, de Turquie ou des États-Unis pour n'en citer que quelques uns, s'y étaient rendus. Dès les premiers exposés, il a fallu se rendre à l'évidence que la recherche n'en était encore qu'à ses débuts. „Les résultats pointent cependant tous dans la même direction“, a déclaré Machteld Huber de l'Institut Louis-Bolk aux Pays-Bas. Nous essayons de mettre au point une méthode cohérente qui nous permette à travers une „empreinte caractéristique“ ('Organic Fingerprint') propre au produit bio, une signature unique en quelque sorte, de faire clairement la distinction entre alimentation biologique et alimentation conventionnelle. (Photo : Johannes Kahl se réjouit du déroulement de la conférence scientifique à Prague)

 

„Cette conférence nous a permis de rejoindre pour la première fois les manifestations scientifiques d'envergure internationale“, a déclaré Johannes Kahl qui a réalisé pendant des mois un travail de titan au niveau coordination et préparation, en amont de la conférence. Les organisateurs à savoir le réseau international „Food Quality and Health Association“ (FQH), l'„Institute of Chemical Technology“ (ICT, Prague, République tchèque), et “Technology Platform Organics” (TP Organics) avaient invité des chercheurs et scientifiques du monde entier mais aussi des acteurs de la filière, ainsi que des producteurs. „Cette conférence peut dorénavant figurer au rang des manifestations mondiales les plus importantes“ a déclaré Johannes Kahl, docteur ès sciences, de la Direction de la Qualité des aliments et de la Culture alimentaire à l'Université de Cassel. Si le réseau FQH (Food Quality & Health) crée en 2003, ne réunissait dans ses rencontres précédentes que quelques 30 à 50 chercheurs, il a pu cette fois-ci s'ouvrir à d'autres scientifiques intéressés par la recherche sur l'alimentation bio avec lesquels il y avait eu peu de contact jusque là. (Photo : Francois Hulot de la Commission Européenne saluant les participants)
 

Barbara Burlingame, représentante de la FAO a fait un exposé rafraîchissant et quasi révolutionnaire. Elle a décrit ce qui se passait au sein de la plus grande organisation internationale des Nations Unies, la FAO dont le siège est à Rome, à savoir le changement politique qui était en train de s'y opérer : le courant dominant jusqu'à là largement gagné à l'agriculture conventionnelle, s'inversant en faveur de la biodiversité et de l'agriculture biologique. D'où le titre de son exposé „Modes de vie alimentaire durables : l'alimentation au service de l'écosystème“. Elle a ajouté que pour préserver la biodiversité naturelle il faudrait que l'on instaure un code de bonne conduite. Mme Burlingame a signalé deux conférences de la FAO où cette approche aurait été adoptée, ainsi que le livre qu'elle a écrit sur le mode de vie alimentaire des peuples indigènes ('Indigenous people's food-systems'). Elle n'a pas manqué de faire état dans sa présentation fascinante, de la disparition considérable des variétés de cultures dans les principaux pays producteurs. Les variétés de riz consommées au Bangladesh sont passées de 5000 à 23. C'est la même chose partout dans le monde qu'il s'agisse de riz, de pommes de terre ou d'autres denrées de base. La teneur en nutriments des variétés modernes est bien inférieure à celle des variétés anciennes. „Avant d'introduire les variétés modifiées génétiquement, nous ferions mieux d'exploiter le potentiel de toutes les variétés existantes“ a-t-elle déclaré en se prononçant pour une nouvelle marche à suivre. Il ne s'agit pas seulement de faire reculer la faim dans le monde auprès des 925 millions de personnes mourant de faim à l'heure actuelle, mais aussi de s'occuper de toutes les terres riches et fertiles que nous sommes en train de perdre, sans oublier les problèmes annexes. (Photo du haut : Barbara Burlingame, FAO prend résolument position)
 

En mettant l'accent sur le fait que „la santé n'était pas liée qu'à un seul facteur„ Urs Niggli (Photo en haut à gauche) de l'Institut de recherche sur l'agriculture biologique (FiBL, Suisse), a indiqué quelques critères auxquels les exploitations agricoles devraient prêter attention, notamment l'impact de l'agriculture sur l'environnement. Il a présenté les résultats d'une étude récente du FiBL, qui a fait la synthèse de plus de 300 études scientifiques portant sur différents systèmes de production. Les résultats font état de l'impact positif de l'agriculture biologique sur l'environnement dans 80 % des études analysées. (Photo : Mme Angelika Ploeger, docteur ès sciences, de l'Université de Cassel a émis l'idée qu'il fallait faire encore plus de recherche dans le domaine de la qualité alimentaire)
 

Ce qui joue un rôle déterminant dans la qualité et la sécurité alimentaire, c'est non seulement la production des matières premières mais aussi la façon dont ils sont élaborés. „80 % de ce que nous consommons est transformé“ a affirmé Ursula Kretzschmar-Rüger qui travaille également au FiBL. En 2007 l'Union Européenne a établi pour la première fois une règlementation (règlement CE 834/2007) concernant la transformation des denrées alimentaires biologiques. Jusqu'à là, cette question avait été quelque peu négligée. En 2008 la liste des additifs non bio autorisés lors de la transformation des denrées alimentaires a été sérieusement restreinte (règlement CE 889/2008). „ Il n'empêche que l'on se sert de plus en plus de procédés hautement technologiques qui interviennent dans l'élaboration des produits bio et qui ne sont pas tout à fait conformes aux exigences du règlement communautaire“ a expliqué Mme Kretzschmar-Rüger. Bien que ce soit la qualité sensorielle d'un produit qui s'impose sur le marché et qui contribue à son succès, il se trouve que les ingrédients, l'authenticité et le bilan carbone sont aussi importants pour les consommateurs, a-t-elle dit avec force conviction. C'est pourquoi l'étiquetage devrait être plus précis. Depuis 2009, il existe au sein de l'UE un projet qui consiste à réexaminer tous les additifs autorisés en 2008 afin d'arriver au plus près du 'Careful Processing' (traitement minutieux). (Photo du haut : beaucoup de participants à la conférence en ont profité pour aller visiter en soirée Prague et ses merveilles d'Art Nouveau)
 

Tout au long de la conférence la question de l'empreinte caractéristique unique est revenue à plusieurs reprises signifiant par là qu'il fallait trouver une méthode, un indicateur fiable utilisable pour les denrées bio, indépendamment des questions de fertilisants, de climat, ou de sols. Est-ce réalisable ou pas, difficile de le dire pour l'instant. Sous le titre „Novel Methods“ (nouvelles méthodes) différentes méthodes analytiques toutes des plus différentes, ont été passées au crible. De la méthode de cristallisation sensible, en passant par la spectroscopie par stimulation de la fluorescence, jusqu'à la spectrométrie de masse. Cette dernière présentée par Jana Hajslová, semble fournir les résultats les plus plausibles. J.Hajslová est professeur à l'Institut de Chimie Technologique de Prague et est en charge de la sécurité alimentaire. Elle a examiné 63 identifiants notamment des résidus de pesticides auxquels elle a attribué des marqueurs. Grâce à de nombreux tests effectués sur du lait, des pommes, des pommes de terre et du poivre rouge, elle a pu mettre en évidence l'image réelle d'un aliment bio ou plutôt non bio.
 

Se servir de la stimulation par fluorescence pour générer une empreinte caractéristique unique et différencier la qualité entre aliment bio et conventionnel, a suscité de vifs débats. Ines Birlouez-Aragon, de chez Spectralys Innovations, Biocitech France, a fait part de ses résultats de recherche sur la relation qui existe entre transformation et entreposage et qualité alimentaire. Elle n'a pas manqué de souligner que „la transformation des aliments avait plus d'impact sur leur qualité que la diversité qualitative des matières premières utilisées“. (Photo : graphique de Mme Ines Birlouez-Aragon de chez Spectralys Innovations  à Romainville)
 

Une autre piste de recherche nous vient de l'Université de Copenhague avec le projet OrgTrace, présenté par Sǿren Husted. „L'azote inorganique a une signature isotopique totalement différente de celle de l'azote organique présent dans l'air ou les engrais. Est-ce la solution d'avenir ou une juste un effet de mode?. Il semblerait plutôt que la recherche aille dans le sens d'une pluralité des méthodes et des paramètres, et ne repose pas seulement sur l'utilisation de quelques indicateurs isolés. Mais quoi qu'il en soit, quelle que soit l'hypothèse choisie, il faudra encore maints efforts et beaucoup de recherche pour y parvenir. Ce qui est clair, c'est qu'il est difficile d'isoler quelques éléments sur des milliers de micro-nutriments ou constituants alimentaires. (Photo de droite: Machteld Huber du Louis-Bolk-Institut à Driebergen, aux Pays-Bas)


Au cours des discussions certains ont pu également avancer qu'il ne s'agissait pas uniquement d'aller trouver son salut dans l'analyse de la toute dernière molécule, mais que consommer bio était aussi un choix de mode de vie. Une étude montrant que les enfants de parents anthroposophes étaient moins sujets à allergies que d'autres au sein d'une population traditionnelle, a probablement amené à la conclusion que le mode de vie y était pour quelque chose. D'autres chercheurs penchent également pour l'hypothèse de ce que les aliments biologiques ont une incidence sur la plus grande résistance des consommateurs bio face aux maladies. Des expériences avec les poussins en ont déjà apporté la preuve. Au début et en cours de maladie déclarée, les poussins bio ont montré qu'ils récupéraient plus vite. (Photo : Les participants ont pu examiner attentivement lors des pauses, les 70 affiches apposées aux murs)
 

Saskia von Ruth de l'Institut de recherche RIKILT à Wageningen aux Pays-Bas a émis le principe qu'il fallait appliquer une méthode d'analyse différente pour des produits par ailleurs différents. Elle a utilisé les caroténoïdes comme base d'analyse et a réalisé une étude portant sur 4000 œufs. Karlis Briviba du Max-Rubner-Institut de Karlsruhe, n'a pas trouvé de grande différence entre jus de pomme non filtré bio avec celui non bio, mais n'a pas manqué d'ajouter que selon le proverbe anglais 'an apple a day keeps the doctor away', manger une pomme par jour ne fait pas de mal,  que c'est donc bon pour la santé. Il a été en effet prouvé scientifiquement que des pommes et du jus de pommes non filtré, ont une action préventive sur d'éventuels dégâts causés à l'ADN (notamment ceux à l'origine du cancer) en raison de leur haute concentration en polyphénols. Voilà au moins pour une fois, une bonne nouvelle! (Photo : dans le public devant à gauche : le pionnier du bio en France Claude Aubert)
 

Selon Johannes Kahl, le message de la conférence a été que le bio ne se réduisait pas  seulement à l'analyse de constituants pris isolément. Les agriculteurs biologiques ne devraient pas uniquement se cantonner à suivre la réglementation, mais aussi tenir compte de l'impact des variétés. S'attacher par ailleurs à examiner la question de la transformation des aliments n'est pas chose aisée et est d'autant plus difficile qu'elle apparaît comme facteur décisif dans la valeur et la conservation alimentaire. (Photo : les principaux responsables de l'organisation à la fin de la conférence : Jana Hajslová de l'Université de Prague, Machteld Huber de l'Institut Louis-Bolk ainsi que Johannes Kahl, de l'Université de Cassel-Witzenhausen)

Commentaire sur le colloque de Prague de Claude Aubert (photo)

« Ce premier colloque international sur le thème de la qualité des produits bio a été riche d’enseignements. De nombreux et intéressants résultats expérimentaux y ont été présentés. Plusieurs communications ont mis en évidence les limites des comparaisons bio/conventionnel portant sur les nutriments, et donc la nécessité de considérer l’aliment dans son ensemble et, au-delà de sa composition, d’évaluer son impact sur le vivant. Plusieurs méthodes globales prometteuses ont été présentées, notamment la cristallisation sensible, une technique de fluorescence et la métabolomique. Par ailleurs, l’intérêt de nouveaux critères (par exemple la capacité d’adaptation ou la réaction du système immunitaire) pour mesurer l’impact d’un mode d’alimentation sur la santé a été mis en évidence par plusieurs communications qui ont conclut à un effet positif des produits bio.  L’importance des processus de transformation et leurs effets sur la qualité ont également fait l’objet de plusieurs communications, hélas trop peu nombreuses. »

 

Pour plus d'info: www.fqh2011.org

 

FQH : Qu'y a-t-il derrière ce sigle?

Le réseau "Organic Food Quality & Health" dont le siège est aux Pays-Bas est composé de 14 instituts de recherche en Europe (à l'exception de Sekem en Égypte) qui se sont spécialisés dans les relations entre l'alimentation bio et la santé. En font partie le FiBL (Suisse), l'ITAB en France, l'ICROFS au Danemark, l'Institut Louis Bolk-aux Pays-Bas, l'Université de Cassel, l' Organic Research Center en Grande-Bretagne, l'Université de Varsovie et l'Institut de Chimie Technologique de Prague. Il existe une collaboration très étroite entre le réseau et la plate-forme de recherche TP Organics. Le réseau s'est constitué en 2007 pour défendre les intérêts de la recherche sur l'alimentation bio auprès de la Commission Européenne. François Hulot de la Commission Européenne (DG Agriculture) (cf. photo tout en haut à gauche) a rendu hommage dans son discours à Prague, aux grands projets proposés par l'association à l'horizon 2025. Il s'agit en l'occurrence de faire ressortir plus nettement les avantages, le 'plus' des aliments biologiques, et de promouvoir une „intensification écologique“ (produire plus, mieux, en optimisant les fonctionnalités de la nature) au sein de l'Union Européenne. Jiri Urban Président de TP Organics (Photo de droite) , et ancien vice-ministre de l'agriculture tchèque a présenté la mission et les objectifs de TP Organics en début de conférence.

www.organicFQHresearch.org et www.tp-organics.org
 

 

03.06.2011

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