Auteur: Kai Kreuzer
Cette année ce sont environ 170 exposants français que l'organisation du salon Biofach a comptabilisés dans sa base de données. A côté de bon nombre de fabricants de cosmétiques naturels, on a pu y voir des organisations professionnelles telles que Cosmébio, Demeter France et Agrobiodrom. A l'Espace France auprès de Sopexa, le groupe français de conseil en marketing et communication alimentaire fortement implanté à l'international, environ 80 sociétés, dont certaines spécialisées dans la promotion des exportations, s'y étaient regroupées. Ces trois dernières années ce sont environ 170-180 exposants venus de France qui ont marqué le salon de leur présence.
A l'atelier cuisine wok on fait sauter les crêpes allègrement, on fait revenir les légumes à la vapeur, tant et si bien que le visiteur s'attarde devant et se régale de ce qui est offert et qui est de qualité. Tout échange de conversation avec le cuisinier ou l'un ou l'autre des exposants n'étant pas exclu, bien entendu (photo: démonstration du chef cuisinier à l'espace Sopexa).
André Deberdt, directeur général de la société Kaoka, spécialiste des cacaos bio-équitables, s'est montré très satisfait de sa présence à BioFach (photo à droite). « Cela a été très positif » a-t-il dit en résumé à la fin du salon. La société qui n'était pas venue depuis 1996 était présente cette année à l'espace « Organic+Fair» (Bio-Equitable). « BioFach est devenu au fil du temps un salon international qui draine des personnes du monde entier », constate A. Deberdt « C'est tout à fait ce que j'attendais . C'est un lieu de rencontres important; l'emplacement que nous avons eu
au sein du pavillon Organic + Fair nous a été très utile ». L'entreprise provençale qui fabrique 4000 tonnes de chocolat par an, était présente au salon avec huit variétés différentes de chocolat bio équitable. Il est intéressant de noter que sur les huit variétés, six étaient du chocolat noir, c'est à dire amer ou demi-amer.
L'un des produits phare français (pour les Allemands) pourrait bien être la châtaigne. Ce marron comestible s'apprécie de plus en plus et se trouve maintenant tout prêt, décortiqué, sous vide. Il y a au sud du pays beaucoup de régions comme en Ardèche, en Dordogne ou en Provence où la châtaigne aime à pousser sur un sol acide, profond et perméable (surtout pas calcaire!) et où les châtaigneraies sont abondantes. Alors qu'il y a quelques siècles, la châtaigne issue de « l’arbre à pain » servait de nourriture de base à la population locale, elle est devenue aujourd'hui un produit d'épicerie fine.
Le bon sens veut que conserver ces forêts, les entretenir et les faire fructifier, soit une démarche saine si on raisonne en termes de protection de la nature et de l’environnement. Ce patrimoine culturel se retrouve chez Inovfruit, une jeune entreprise. Jérôme Bousquet (photo) qui a crée la société en 2002 avec quatre autres associés, travaille aujourd’hui avec 150 producteurs de la région de Périgueux en Dordogne. « Nous nous occupons de parcelles : nous nous chargeons de les entretenir, d'effectuer les coupes, et nous garantissons un prix à la récolte » telle est sa démarche, nous explique-t-il. C'est ainsi qu'en 2009 sur 15 ha de châtaigneraies, 1000 arbres sont venus grossir la production. Alors qu'en 2008 on n’avait récolté que 3 tonnes de ce délicieux fruit, en 2009 ce sont 30 tonnes qui l'ont été. L'objectif est d'atteindre d'ici cinq à six ans, les 500 à 600 tonnes, lorsque 20.000 châtaigniers supplémentaires auront été réhabilités.
La société Inovfruit est particulièrement fière de son système de désinsectisation à
la vapeur et de son process de décorticage « unique au monde » comme le dit J. Bousquet. Elle lui permet tout d'abord de préparer de façon rationnelle la matière première que lui livrent les récoltants et d’assurer un meilleur rendement matière. 70 % des produits préparés et emballés partent vers l'Allemagne, où ils sont distribués via Ökoring, Naturkost Schramm, Dennree et Weiling chez les magasins spécialisés ainsi que par Edeka via les magasins conventionnels ; 10 % partent en Grande-Bretagne, en Belgique, en Grèce, aux Pays-Bas, en Suisse et en Autriche ; 20% des produits sur le marché français.
Il est probable que la meilleure pomme récoltée en France soit celle produite par la pépinière Escande dans le sud-ouest, avec la variété Juliet. En 2010 la société espère développer des plantations près de la Loire, au sud-ouest de la Gironde, ainsi qu'en Provence pour pouvoir récolter 1500 tonnes de pommes. On prévoit 200 ha de plantations nouvelles pour produire de la Juliet cette année. 70 cultivateurs travaillent en collaboration avec Les Pepinières Escande. Celles-ci n'exportent pas seulement vers l'Europe mais également vers Dubaï et quelques pays en Asie.
Danival, la grande entreprise de transformation des produits bio, a profité du salon pour signaler son 20ème jubilé en juin de cette année, date anniversaire à laquelle seront conviés tous les clients. Danival exploite au sud de Bordeaux à Andiran, une usine de 6700 m². 75 collaborateurs (y compris la partie administrative) transforment les produits qu'approvisionnent 35 producteurs du Lot et Garonne. On y fabrique des conserves de fruits et légumes prêts à être consommés, ainsi que des spécialités de tofu, miso et shoyu à partir de soja garantis sans OGM, cueillis dans le sud-ouest. L'un des produits phare sur les 200 que compte la gamme est la sauce tomate aux saveurs différentes. La société a été créée en 1990 par Daniel et Valérie Gevaert.
Les exposants français viennent volontiers à BioFach car il n'existe en France aucun salon professionnel bio qui soit de taille équivalente. Jusqu'à présent beaucoup se sont montrés très satisfaits du salon 2010, mais pas tous. Il est difficile pour certains fabricants ou producteurs français de pénétrer le marché allemand. Il existe à cela plusieurs raisons. La première, c'est que le niveau des prix de l'alimentation est inférieur en Allemagne à ce qu'il est en France, que ce soit au niveau de l'alimentation classique ou du bio. La deuxième c'est qu'en France il existe beaucoup de petites entreprises qui peuvent supporter la concurrence à l'intérieur du pays mais pas forcément au niveau international. La troisième c'est qu'il manque une stratégie marketing adéquate de promotion à l'étranger, des flyers ou des dépliants traduits en allemand ou en anglais, ne suffisant pas.
(photo : plusieurs producteurs de vins français dans le hall des vins, non satisfaits. Ils se sont plaints du manque d'intérêt manifesté par les visiteurs).
Enfin pour finir, il faut ajouter que mettre à disposition des collaborateurs sur un stand ne suffit pas; il faut également prendre des contacts ailleurs sur le salon, auprès notamment des grossistes et des chaînes de détaillants allemands, mais aussi auprès d'autres représentants de pays présents. Autre point qui ne manque pas de poser problème, c'est la prise de contact avec les visiteurs, ceux qui s'arrêtent devant le stand. Car la première impression est la plus importante elle doit être d'un professionnalisme absolu. Or il se trouve qu'en raison de la barrière linguistique, alors que les visiteurs se montrent intéressés, ils ne sont pas bien accueillis. Ce n'est que lorsqu'on prononce un « bonjour » bien fort, signalant par là que l'on est à même de parler aussi français, que quelqu'un s'arrête de bavarder avec des collègues pour s'adresser à vous.
Pour que la politique de communication soit efficace, il faut se préoccuper des contacts ultérieurs. Il est recommandé d'attendre deux à quatre semaines après le salon pour reprendre contact. Comme on peut le voir, bon nombre de facteurs entrent en jeu pour que la participation à un salon ou à la tenue d'un stand ne se solde pas, à défaut de réussite, par un sentiment frustrant d'échec.
BioFach est l'endroit idéal pour toute entreprise volontaire qui est à même d'affronter la concurrence en offrant des produits de qualité, concurrentiels et à forte tradition à la fois.
(photo :Jampi, un fabricant de glaces breton, faisant profiter les visiteurs de séances de dégustation).
07.04.2010