Conférence internationale sur le développement du secteur biologique en Asie centrale

Source: Organic-Services

Après deux jours de débats intensifs, et de discussions inspirantes, Gerald A. Herrmann, (photo) PDG de Organic Services GmbH et Peter Brul, consultant senior chez AgroEco/Institut Louis Bolk ont clos la manifestation en procédant à la lecture de la Déclaration de la 3ème Conférence Internationale sur le Développement du Secteur Biologique en Europe centrale, orientale et dans les pays d'Asie centrale. La déclaration a été  adoptée par les 120 participants venus de 18 pays, et qui s'étaient retrouvés pour l'occasion du 17 au 18 septembre à Astana au Kazakhstan. Plus de la moitié des participants étaient venus des pays d'Asie centrale, le reste des pays de la CEI (Communauté des États Indépendants composée de 11 des 15 anciennes républiques soviétiques) comme l'Ukraine, l'Albanie, la Géorgie, l'Azerbaïdjan, mais aussi de Turquie, de la République Tchèque, et des pays d'Europe de l'ouest.

 

La FAO estime qu'environ 75 % de la diversité génétique présente dans l'agriculture auraient disparu au cours du XXe siècle. Des études scientifiques montrent que l'agriculture biologique est la meilleure solution pour sécuriser l'alimentation dans le monde et préserver la diversité biologique des terres cultivées et des habitats naturels. En cette année internationale de la biodiversité, la «3ème Conférence Internationale sur le Développement du Secteur Biologique » a mis l'accent sur les liens entre l'agriculture biologique, la biodiversité, le développement rural et l'écotourisme. (Photo: Peter Brul)

Les organisateurs ont délibérément choisi Astana au Kazakhstan pour renforcer le mouvement écologique dans une région où contrairement à la Géorgie et l'Ukraine, là où les conférences avaient eu lieu précédemment, l'on commence à peine à considérer l'agriculture biologique comme une solution. Au Kazakhstan comme dans les pays limitrophes, il y a peu d'exploitations certifiées bio, et encore moins d'entreprises de transformation. Les produits biologiques sont essentiellement exportés, car la demande locale n'existe pas ou commence à peine à se développer. Du fait de leur vocation exportatrice, les entreprises concernées sont certifiées selon la réglementation européenne sur les produits biologiques. Le contrôle est pris en charge dans la plupart des cas par les importateurs de pays de l'UE, et les organismes de contrôle (d'inspection) européens sont mandatés pour effectuer le contrôle et délivrer la certification. Il n'existe pour l'instant, dans aucun des pays d'Asie centrale, ni de règlementation nationale pour les produits et l'agriculture biologiques, ni d'organismes de contrôle locaux.

Compte-tenu des discussions enthousiastes qu'il y a eu pendant les pauses, et le feedback généralement positif que l'on a pu mesurer à partir des formulaires d'évaluation, on peut dire que la conférence a été une réussite. Les participants ont non seulement eu l'occasion d'assister aux exposés experts qui ont été donnés, mais ils ont pu échanger leurs expériences, et exposer leur point de vue et vision quant au développement du secteur bio dans leur région. «Networking» - le travail en réseau- a été présenté comme étant tout aussi important que les informations récoltées. Il y a eu  au total 43 intervenants et 16 sessions. Dans un souci de partage des connaissances, on a distribué à tous les participants les contributions des intervenants, résumés en anglais et en russe): (Photo : Evgeniy Klimov)

Après l'allocution d'ouverture de M. Evgeniy Klimov de la FIEC (Foundation for Integration of Ecological Culture) 'Fondation pour l'Intégration de la Culture Ecologique' du Kazakhstan, société co-organisatrice de la Conférence, c'est Madame Aigul Zharylgassova qui a pris la parole. Représentante de la Délégation Européenne pour l'Asie centrale, elle a présenté les travaux de la délégation et son programme en faveur de la protection de l'environnement et n'a pas manqué de souligner l'importance de la conférence et de l'agriculture biologique pour la région. (Photo : produits biologiques d'Ukraine)

Elene Shatberashvili représentante d'Elkana, la société de Georgie co-organisatrice de la conférence en 2009, a fait état de son expérience quant à la mise en place d'un règlement national sur les produits biologiques. Elle a notamment insisté sur l'importance de traduire dans la langue locale, le concept du mot 'bio' pour qu'il puisse être bien compris par les consommateurs à travers le pays. Dans la session « Etudes de cas pays » comme au demeurant dans d'autres sessions, l'élaboration de plans d'action nationaux est apparue comme un facteur important. Plusieurs intervenants ont considérés que c'était plus important qu'une réglementation juridique précoce du secteur. Les gouvernements et les autorités administratives devraient sensibiliser la population pour mieux lui faire connaître les produits biologiques, soutenir la formation pour des méthodes de production durables, et lancer des campagnes en faveur de la sécurité et de la santé alimentaires. (Photo: la réserve naturelle de Korgalzhyn)

Au cours de la dernière session, divers moyens concrets pouvant contribuer à développer le secteur bio dans la région, ont été présentés. Nelleke Veenstra de la banque Triodos, a signalé la possibilité pour les producteurs d'obtenir des prêts directs, sans les services d'une banque intermédiaire dans le pays. M. Hartwig Mennen de LOGO e.V. a exposé des projets existants en Allemagne et dans le monde, qui permettent aux intéressés d'acquérir de l'expérience en allant faire des stages dans des exploitations agricoles biologiques. Environ 250 stagiaires des pays de la CEI participent chaque année à des programmes d'échange établis par LOGO ( LOGO eV est une association de formation – qui offre des stages pratiques dans des fermes biologiques et chez les transformateurs, et des séminaires – à des jeunes agriculteurs ou des des étudiants venus de de la CEI ou d'Europe de l'est).

A la fin de la conférence, 35 personnes environ sont parties en excursion  vers la réserve naturelle de Tengiz-Korgalzhyn, à environ 150 km à l'ouest de Astana. Cette zone humide abrite 443 variétés de plantes, divers poissons, reptiles et mammifères et 340 espèces d'oiseaux et constitue un lieu de repos pour des millions d'oiseaux migrateurs. C'est pourquoi elle figure sur la liste Ramsar des zones humides protégées d'importance internationale, qu'elle fait partie du réseau international des Living Lakes, et qu'elle est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO. Les participants ont pu se renseigner et se documenter sur la zone humide au centre d'accueil, et faire un tour dans la réserve à l'image des rares groupes, une quinzaine seulement, qui se rendent chaque année sur place. (Photo : Peter Brul)

Après avoir dîné au son de la musique et au spectacle des danses traditionnelles kazakhes, les participants ont pu être hébergés sur place dans des auberges autochtones conçues pour l'écotourisme. Le deuxième jour, ils ont pu visiter quatre exploitations agricoles, c'est à dire quatre projets initiés par AgroEco et l'Institut Louis Bolk, en collaboration avec des partenaires locaux comme la FIEC. Toutes les installations sont situées dans la zone tampon qui entoure le site protégé dans la steppe. Il n'est pas rare de voir du sur-pâturage autour des villages car les agriculteurs lâchent le bétail dans la journée et le laissent paître à proximité. Dans cette région de steppe, le manque d'eau est un frein à la production, sans compter les décennies de surexploitation des sols au temps des kolkhozes. Grâce à la construction de barrages simples, où l'eau est retenue dans une cuvette naturelle, la saison des semailles a pu être prolongée de quelques semaines en début d'été, permettant à la production d'herbe de la steppe, soit 600 ha, d'être multipliée par trois par rapport à l'année d'avant, et par dix par rapport à certaines exploitations voisines; donnant ainsi une production importante de foin pour la période d'hiver. (Photo : Vladimir Levin, Association Agricole du Kazakhstan)

Lors des visites effectuées, on a pu noter parmi les améliorations, la rotation simple des cultures avec de la luzerne, et de l'épandage de fumier ou plutôt du compost pour améliorer l'état du sol et obtenir un meilleur rendement. Les rendements moyens en blé sur de bonnes surfaces dans cette région sont de l'ordre de 10dt/ha (16-18 % de protéine brute) en particulier les années où il ne pleut pas, et de 150-300 kg/ha en cas de sols dégradés ou inadaptés. Le fumier des bovins traité comme déchet, n'a encore jamais été utilisé comme engrais. Après s'être penchée sur la question, et constaté l'avantage du compostage, une commune s'est décidée à utiliser le fumier de bovins comme engrais sur ses 200 hectares de sols appauvris.

Les participants qui ont assisté à la conférence des deux jours et pris part à l'excursion, ont salué l'organisation parfaite de ces deux événements, et la qualité du programme et des conférenciers. Le choix du Kazakhstan comme pays hôte -un des ces pays d'Asie centrale, que l'on considère généralement comme trop éloigné géographiquement-, a recueilli également un large suffrage.

Pour plus d'informations veuillez vous reporter au site internet  : http://www.conference.organiccenter.kz/

29.10.2010

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