Le 5ème Organic Marketing Forum à Varsovie s'est terminé avec succès

Auteur: Sonika Aminforoughi / Kai Kreuzer

Les 5èmes Assises Internationales sur la transformation et la commercialisation des produits écologiques et des matières premières (OMF) qui ont eu lieu à Varsovie en Pologne, se sont terminées avec succès le 7 mai dernier. La Conférence, assortie de nombreuses expositions et d'une excursion, a donné aux 380 participants venus de 29 pays, une excellente occasion de faire progresser ou entreprendre des affaires mais aussi de procéder au transfert de savoirs. (Photo : trois allées avec une soixantaine de stands à Varsovie)

 

Il y a eu au total 26 présentations et trois tables rondes pendant les trois sessions fonctionnant en parallèle. Les traducteurs ont traduit la plupart des exposés en polonais, russe, allemand et anglais. Le premier Forum a eu lieu en 2006 avec pour objectif de « soutenir à l'échelle européenne le marché des produits biologiques en Europe centrale et en Europe de l'est par le biais de rencontres professionnelles ». 

L'OMF s'est transformé depuis en manifestation européenne et exposition, attirant des participants de 29 pays. La manifestation est organisée par EkoConnect,  le Centre International pour la culture biologique en Europe Centrale et en Europe de l'est, dont le siège est à Dresde. Elle s'est déroulée cette année sous la devise « commerce équitable-, commerce écologique,-un pari à gagner sur l'avenir ». Après l'allocution de bienvenue des organisateurs et des organismes partenaires lors de l'ouverture officielle, le ministre polonais de l'agriculture Artur Lawniczak a brossé le tableau de la situation des cultures écologiques dans son pays. Bernhard Jansen, le directeur de EkoConnect , n'a pas manqué de souligner en début de congrès, que pour l'Europe de l'est, « il était de notre ressort d'avoir dans chaque pays, des marchés régionaux bio pour que tout le monde puisse se procurer de l'alimentation biologique, et que les matières premières soient transformées. Malgré la crise nos cultures écologiques offrent beaucoup de potentiel à condition de ne pas trahir la confiance de nos consommateurs »

Jirí Urban, le Vice Ministre de l'agriculture en République Tchèque a souligné qu'il est urgent que la demande en produits biologiques soit soutenue au sein des nouveaux pays membres de l'UE. « En République Tchèque il y a certes 10 % des surfaces agricoles qui ont été reconverties, mais la consommation en produits bio se situe toujours en dessous de la barre des 1 % de la consommation globale. Et on achoppe toujours sur la transformation et la commercialisation des produits ». Un représentant d' Ecoland qui regroupe des agriculteurs bio polonais a exposé la campagne de médiatisation agressive que conduit l'industrie des techniques OGM à l'heure actuelle en Pologne afin d'influer sur le cours des dispositions législatives, et d'encourager l'utilisation de semences génétiquement modifiées. Il faut donc entamer plus d'actions contre les OGM. Même Marco Schlüter du groupe IFOAM-UE se trouve dans une situation de rapport de force car sous le deuxième mandat de M. Barroso, la Commission Européenne s'est clairement prononcée en faveur des techniques OGM. (Photo : Martin Ott du FiBL en Suisse se prononce dans un discours très vivant sur les possibilités d'activités économiques durables)

Dr. Urszula Soltysiak, responsable commerciale chez AGRO BIO TEST, l'organisme de contrôle polonais des produits écologiques, a donné son point de vue quant à la représentation du nouveau logo bio européen et au delà de celui-ci, les problèmes liés à l'identification des produits bio en Pologne. Beaucoup ne sont même pas indiqués comme étant bio car ils sont distribués via les magasins habituels, au même prix. D'autres interventions ont également eu lieu autour du thème de la reconnaissance et de l'identification des produits bio. « Le nouveau logo n'est pas encore assez facilement identifiable pour les consommateurs polonais », d'après le Dr. Dorota Metera, de l'organisme de contrôle Bioekspert. Ça passe d'abord par une traduction appropriée des nouveaux règlements de la Commission, dans lesquels il n'y ait pas seulement que quelques mots-clés. Agnieska Bodera qui travaille à la DG Agriculture de la Commission Européenne a parlé des importations en provenance des pays tiers , mais s'est penchée également sur la question du nouveau logo européen. Agnieska Bodera : il n'y a en dehors de la feuille vert clair aucune autre indication mais l'on pourrait rajouter chacun selon sa propre initiative, une mention telle que « issu de l'agriculture biologique » ou signaler la région d'origine. (Photo : Klaus Lorenzen du groupement des producteurs de la région de Landwege/ Lübeck donne des informations sur la façon dont le groupement commercialise les produits au niveau régional)

Jacek Kowalski et Rafal Tarnawski de la LOHAS Foundation (Lifestyle of Health and Sustainability), ont fait part de l'état de la recherche en Pologne au jour d'aujourd'hui. Ils ont sondé le degré de conscience qu'ont les polonais en matière de protection d' environnement. D'après les conclusions du projet de recherche, il apparaît que les consommateurs polonais auraient besoin de plus d'informations détaillées sur l'emballage, plus de transparence dans le management et plus de publicité qui les amène à un certaine prise de conscience. Les polonais semblent vouloir consommer des biens matériels sans que cela ait un impact négatif sur l'environnement. La Fondation LOHAS a été créée en 2007.
 

L' aquaculture a été un autre sujet intéressant dont il fut question dès le premier jour de la Conférence. Udo Censkowsky, co-associé et directeur commercial du département «  Market research, biodiversity products, sustainable seafood » (études de marché, biodiversité, fruits de mers durables) de Organic Services Allemagne, a fait part de l'importance grandissante de l'aquaculture non seulement en Allemagne, mais dans le monde entier. La production en aquaculture écologique 2008 s'est élevée à plus de 40.000 tonnes dans le monde. On escompte qu'elle atteindra en 2010 quelques 100.000 tonnes à travers le monde. Saumon et crevettes sont les produits les plus courants. (Photo : Elke Röder donne des informations sur l'intéret que présentent les produits biologiques et la campagne publicitaire Kodex)

De nombreuses présentations fort intéressantes eurent également lieu le deuxième jour. Prof. Dr. Franz-Theo Gottwald, directeur de la Schweisfurth-Stiftung à Munich a présenté les critères de la production innovante durable. Suivant son slogan « le bio innove » M. Gottwald a souligné l'importance de l'innovation durable appliquée à l'énergie, au climat, à l'alimentation tout comme à la crise financière. « l'innovation ne peut fonctionner que s'il y a une culture de l'innovation. Ce qui est déterminant c'est la volonté de partager les connaissances » selon M. Gottwald. La Fondation Schweisfurth a été créée en 1985 par Karl Ludwig Schweisfurth pour encourager la science, l'éducation, ainsi que l'art et la culture. La Fondation apporte son soutien aux « chemins de vie future qui valent la peine d'être vécus ». (Photo : l'entrée du parc des expositions à Varsovie)

Dr. Nune Darbinyan (photo de droite), directrice générale d'Ecoglobe en Arménie, a expliqué qu'il y avait beaucoup de potentiel pour la production de produits biologiques dans la région du Caucase et en Arménie. L'agriculture écologique, à petite échelle et à faible niveau d'intrants, offre des possibilités exceptionnelles en Arménie. Les producteurs et exportateurs se montrent de plus en plus intéressés par les produits écologiques. « L'Arménie a cependant besoin d'être aidée pour développer les cultures écologiques » selon Nune Darbinyan. Ecoglobe LTDest le premier organisme de certification écologique qui ait été crée dans le pays, et ce en 2002.
 

Benny Haerlin du bureau berlinois de la Zukunftsstiftung Landwirtschaft (Fondation sur l'Avenir de l'Agriculture) a fait référence dans sa présentation au rapport mondial 2009 sur l'agriculture,  et ce que celui-ci signifie pour les pays d'Europe Centrale et de l'est. La Zukunftsstiftung Landwirtschaft a été créée en 2000 avec le soutien de 20 organisations, entreprises, et personnes du secteur privé. « grâce à elles nous voulons faire fructifier l'argent. Car qu'avons nous besoin d'autre pour l'avenir ? Des sols sains, non contaminés, des animaux et des plantes; des êtres humains qui s'émerveillent devant les miracles de la nature et en prennent soin; des êtres humains qui ont des idées et la volonté de les appliquer », sont les propos de la Fondation. (Photo de gauche : la soirée générale des retrouvailles avec buffet bio et musique live)

Tom Vaclavik, l'expert tchèque a fait part de l'évolution des marchés dans les pays d' Europe Centrale et de l'est. Il faudrait dit-il renforcer les cercles régionaux qui puissent approvisionner les villes en produits frais. .Les producteurs, commerçants et consommateurs devraient mettre sur pied des circuits de distribution régionaux au lieu de compter sur des importations coûteuses : celles-ci ne sont de toute façon pas à la portée de la majorité de la population. Des prix trop élevés sont un frein à l'heure actuelle pour que le marché puisse se développer.

Ce compte-rendu n'est qu'une petite partie de l'ensemble des présentations qui ont eu lieu, plus d'une vingtaine toutes fort intéressantes et bien documentées que Bio-Marché.Info ne peut pas restituer en intégralité , faute de place. (Photo de droite : stand de Grèce. Discussion avec la représentante de Biolan, groupement de producteurs bio ukrainiens)

Le smoothie mélange de fraises et de bananes fabriqué par l'entreprise polonaise Biofood, a été élu meilleure boisson biologique de l'année par les visiteurs de l'OMF. Le transformateur dont le siège est dans le nord de la Pologne met des légumes en conserves ou en fait des jus dont il offre une large palette attrayante dans les pays de l'est. En deuxième place on a élu les cornflakes au chocolat de chez Naturata, et en troisième du chocolat de chez Vivani, ainsi que de la crème au beurre de karité de chez Styx. Le choix a pu se réaliser grâce à la participation des nombreux visiteurs qui se sont attardés auprès de 19 stands sur 60 que comptait l'exposition pour goûter et évaluer tous ces produits attrayants.

Les exposants se sont montrés en grande majorité très satisfaits, n'ont pas manquer de tarir d'éloges sur l'atmosphère conviviale de l'exposition et les nombreuses possibilités de nouer des contacts professionnels. On aurait au final aimé avoir plus de visiteurs professionnels « Il est probable que le prix d'entrée est trop élevé pour les polonais, et que l'écho qu'ils en ont, est encore trop faible » d'après les suppositions d'une employée de chez Byodo. A titre d'exemple on pourrait citer le cas d'un détaillant spécialisé ou d'un employé se rendant spontanément au salon : 23 euros l'entrée pour l'exposition et 94 euros s'ils souhaitent participer à l'ensemble des manifestations. Ce qui n'est pas particulièrement donné pour la moyenne des salaires en Pologne. (Photo : de gauche à droite : Marco Schlüter, du groupe IFOAM-UE, les trois lauréats du prix « Best of Organic »(le meilleur produit bio), ainsi que Bernhard Jansen, directeur d'EkoConnect)

Martina Kuhn et Andreas Klenk de la société Hübner se sont montrées enchantées de ce salon à taille humaine dédié aux produits biologiques. Le fabricant de produits diététiques et naturels, originaire de la Forêt Noire, a étendu son activité dans 35 pays. La demande en silice est particulièrement forte en Scandinavie, le sirop de bourgeon de sapin, en Israël. La part de production à l'exportation représente 30 % de l'activité de l'entreprise. Dans la mesure où la demande sur le marché intérieur des produits diététiques stagne, on essaie d'arriver à 50 % d'exportations. « Nous réalisons de bons chiffres de vente dans la plupart des pays européens; récemment quelques pays en Asie, comme Taïwan, le Japon ou la Corée sont venus s'y ajouter. 

« Comme nous n'avons pas encore de représentation en Pologne, nous sommes à la recherche de nouveaux contacts ici » selon M. Kuhn. D'autres comme le fabricant Schuldt & Weber (photo), Byodo, La Selva et Styx, s'étaient rendus à Varsovie avec des souhaits identiques D'autres entreprises étrangères comme par exemple Naturata, Vivani et Laverana se font déjà représenter par des grossistes comme Biofuturo ou Bio Planet
Cette manifestation à succès s'est terminée par une excursion l'après-midi pour rendre visite à Bio-Planet, le grossiste en produits bio, près de Varsovie. (Photo de gauche : publicité pour un livre sur les produits de la région, photo de droite : les traducteurs traduisant respectivement en trois langues différentes)

Pour plus d'informations:
www.organic-marketing-forum.org 
www.ekoconnect.org
 
Il y aura une autre exposition consacrée à l'alimentation bio, avec un pavillon bio du 15 au 17 octobre 2010 à Lodz.

www.naturafood.pl
 

 
 

Interview avec Jirí Urban, Vice Ministre de l'Agriculture de la République Tchèque


Monsieur Urban vous faites partie depuis deux ans du gouvernement en tant que Ministre  des Verts. Quelle
expérience en avez-vous tiré jusqu'à présent?

J'ai pensé que je n'aurais à m'occuper que d'agriculture bio; en fait mon champ de compétences a été bien plus large. J'ai dû beaucoup m'occuper ces deux dernières années d'écoconditionnalité (exigences gouvernementales à la PAC. Elle garantit que les aides gouvernementales servent à promouvoir une agriculture durable). Ce qui m'importait avant tout c'est que les subventions ne soient pas éparpillées mais utilisées à bon escient pour des projets concrets dédiés à l'environnement et qui font partie du deuxième socle de la politique agricole de l'Union Européenne.
 

Pourriez-vous nous donner quelques exemples concrets de projets mis en place auxquels vous avez participé en tant que Vice Ministre de l'Agriculture?

Nous avons réussi à faire passer un programme d'agriculture biologique de 30 millions de couronnes (1,2 millions d'euros) échelonné sur trois ans, et qui comprend trois parties. Nous allons d'abord prendre des mesures pour financer les opérations de marketing, de formation, et de constitution de coopératives de producteurs. Ensuite nous avons fait passer des mesures pour entreprendre des études de recherche, et offrir à 60 établissements scolaires, de la restauration bio.

Enfin nous soutiendrons la reconversion des laiteries conventionnelles par le biais d'Epos à Brno de façon à répondre à la demande des commerçants et leur fournir du lait bio. (Photo de gauche : Jirì Urban lors de la conférence à Varsovie, sur le stand de Sonnentor, entreprise qui a une grosse production de plantes aromatiques en République Tchèque)
 

De plus nous avons mis sur pied en 2009 une plateforme technologique biologique qui bénéficie d'un financement institutionnel de 30.000 euros par an. L'objectif est d'arriver à une meilleure coordination et entente entre chercheurs chargés des questions d'agriculture écologique et de sa commercialisation.
 

Comment avez-vous trouvé le Organic Marketing Forum?

C'est impressionnant de voir le nombre d'exposants présents, et à quel point la Conférence-Bio était axée sur la question de la commercialisation des produits. Le concept me plait beaucoup et la manifestation s'est déjà transformée en un petit événement intéressant.

 

28.05.2010

Réagissez à cet article/Vos commentaires
Annonce publicitaire
Agroindustria Ber
Salon Home Eco 2012 [en savoir +]