Auteur: Gabriel Lombard
Les 7 et 8 juin s’est tenu à Amsterdam, dans le cadre agréable du Mövenpick Hotel, le sixième « Sommet sur l’alimentation durable ». Organisée par Organic Monitor, la manifestation annuelle vise à faire le bilan des pratiques, des réussites et des défis existants encore dans l’industrie alimentaire en matière de développement soutenable. (photos : les échanges se poursuivent pendant une pause)
Les interventions de la seconde journée du sommet abordaient le secteur de l’alimentation biologique. Comme chaque année, Amarjit Sahota, (photo) le directeur d’Organic Monitor et organisateur du sommet, a rappelé les chiffres clefs du secteur biologique. Les surfaces agricoles biologiques représentent aujourd’hui 37 millions d’hectares, dont un tiers est situé en Australie (en grande partie pour l'élevage bovin) et un autre tiers (10 millions d’ha) en Europe. La croissance du secteur biologique se poursuit (8 % par an en moyenne), mais très différemment selon les régions du monde. Les Etats-Unis tirent la croissance mondiale, où le bio représente 4 % de part de marché et les prix flambent. En Europe, la croissance ralentit et les prix stagnent, du fait notamment de la crise économique et de l’intensité de la compétition. Les consommateurs européens les plus « bio » sont, dans l’ordre, les Danois, les Suisses (autour de
200 dollars par tête et par an), puis les Autrichiens, les Suédois et les Allemands (entre 100 $ et 150 $), les autres pays se situant autour de la moyenne européenne (50 $) (cf. photo). M. Sahota voit donc encore dans certains pays Européens, aux Etats-Unis, ainsi que dans les pays émergents « un énorme potentiel de croissance ». Par ailleurs, il s’est réjoui que plus d’un tiers des produits issus du commerce équitable soit déjà biologique, tout en attirant l´attention sur "la confusion" que cette évolution pouvait entraîner chez le consommateur. Alors qu’en France par exemple, on compte jusqu’à 3 labels sur un même produit, on constate avec surprise qu’au Royaume-Uni, des marques comme Green & Black’s ou Yeo Valley misent sur leurs seules images et n’en affichent aucun.
Un seul label, une large gamme de produits disponibles dans les grandes surfaces : c’est la recette du succès du bio au Danemark, le pays champion du monde en dépenses par habitant. Katrine Milman, CSR Manager, était venue présenter Coop, le plus important distributeur de produits alimentaires du pays. Il n’y a pas de chaîne spécifiquement bio au Danemark. Les produits bio représentent environ 22 % de l’offre de Irma, et 6 % de l’offre des autres super-marchés et des mini-marchés de Coop (Kvickly, Fakta, etc.). Chez Irma, à part quelques produits laitiers, la totalité de l’alimentation bébé est bio, 39 % du lait, 25 % des pâtes, 7 % du pain mais 56 % de la farine (beaucoup de Danois cuisent le pain chez eux). Les produits bio sont distribués sous la marque Änglamark. Il n’existe qu’un seul label depuis 1989 au Danemark, connu par plus de 95 % de la population. Les contrôles sont effectués gratuitement par l’Etat. Mme Milman, qui ne doutait pas posséder les clefs du succès, conseille aux marques de se développer constamment, de se contenter d’un seul label, et de développer des produits spécifiques, selon le principe du « me too ». Etre bio ne suffit pas, « il faut donner au consommateur une raison de payer plus cher ». (Photo: logo bio de l'Etat du Danemark)
Une alternative à la multiplication des labels réside dans les possibilités offertes par les nouvelles technologies. C’était le thème de l’intervention de Lieven Callewaert (photo), de Chainfood, qui collecte et coordonne de l’information pour les acteurs d’une chaîne de production. M. Callewaert était venu avec un diagnostic sur un changement d’époque : « nous passons d’un monde de compétition à un monde de collaboration ». Jusqu’à présent, l’information a circulé en sens unique : du producteur au distributeur, puis du distributeur au consommateur, qui faisait confiance à son commerçant dans la mesure où il le connaissait. Avec l’extension de la chaîne de production et le développement des grandes surfaces, cette confiance basée sur une relation personnelle a disparu au profit des marques, ou plus récemment des labels. Mais nous avons franchi une nouvelle étape : l’information circule aujourd’hui une telle vitesse, via internet et notamment tous les réseaux sociaux, que les marques ont intérêt au maximum de transparence. Le succès des applications qui permettent d’obtenir des informations sur les produits en scannant les codes-barres témoigne d’une transformation radicale des relations entre tous ces acteurs, baignées dans le même univers de communication.
Le projet Geo Fair Trade, présenté par Pierre Ott (photo) du département R&D d’Ecocert, illustre ces possibilités dans le domaine du commerce équitable. Grâce à simple scan, on découvre le lieu de production sur Googlemap et une somme d’informations sur les acteurs. Mais la plus grande part du projet réside dans l’invention d’une soixantaine d’indicateurs. Chaque indicateur se présente sous forme d’étoile à cinq variables de domaines différents : l’environnement, le social, l’économique, la capacité d’organisation et l’entretien de relations commerciales durables. Ce panel extrêmement varié d’indicateurs offre au consommateur une garantie de transparence, mais il présente cet autre avantage de rendre les comparaisons difficiles, et donc de limiter la compétition entre producteurs. Les démonstrations effectuées sur écran se sont révélées esthétiques et très convaincantes. M. Ott espère une mise à disposition publique de cet outil d’ici trois ans. Face aux doutes soulevés par les cas de fraudes, il a par ailleurs insisté sur la fiabilité des certifications existantes : « Ne crachons pas dans la soupe. Ce qui existe marche quand même à 95 % ! »
22.06.2012