Auteur: Kai Kreuzer
Natexpo a fermé ses portes à Paris, le 17 octobre dernier sur un nouveau succès. Le salon professionnel des produits biologiques, diététiques et écologiques se tient tous les deux ans au Parc des Expositions à Villepinte dans le nord de Paris près de l'aéroport. Si certains producteurs se réjouissent d'un taux de croissance à deux chiffres, d'autres à l'image des détaillants, cherchent le consommateur avec une certaine appréhension. Celui-ci se trouve de plus en plus confronté à la crise et achète moins dans les magasins spécialisés. La concurrence s'est accrue pour les détaillants spécialisés biologiques, le nombre de supermarchés biologiques a augmenté, et l'ambiance n'est plus ce qu'elle était même pour le secteur conventionnel. Producteurs et distributeurs ont mis au point de nouvelles stratégies et des produits innovants pour redonner de l'impulsion au marché. (Photo : Le hall 8 au Parc des Expositions à Villepinte, sous un soleil radieux)
Du côté des organisateurs on s'estime très satisfait, environ 10 500 visiteurs français ou étrangers se sont rendus au salon. La fréquentation a augmenté de 11 % par rapport au salon 2009. Il y a toujours aux dires des exposants, un flottement le samedi. Mais le dimanche et le lundi lorsque les commerçants ne travaillent pas, la fréquentation du salon remonte. Le dernier jour, on a même eu du mal à se frayer un chemin dans les allées de l'exposition. Le hall 8 recouvert de moquette, s'est étendu cette année sur 6 600 m² contre 5 500 m² en 2009, soit une augmentation de 20 % en surface. Il y avait 500 exposants, plus quelques sous-traitants. L'an dernier (2010) la filière bio a réalisé un chiffre d'affaires de 3,4 milliards d'euros, en hausse de 10 %. Cette année on penche plutôt pour une croissance à un chiffre. Pour l'Agence Bio, les indicateurs demeurent encore au vert, le chiffre d'affaires du premier semestre 2011 est à nouveau en hausse de 10 %. (Photo de gauche : des visiteuses regardant les nouveaux produits: des fruits secs surgelés)
Nous essayons de nous adapter aux exigences du moment explique Pascale Corbi (sur la photo de droite) responsable export chez Le Moulin de Pivert, spécialiste de la fabrication de biscuits bio; nous avons décidé d'enlever l'huile de palme de notre programme de production. Les clients n'ont pas arrêté de nous poser des questions sur la déforestation des forêts tropicales. Nous avons donc décidé de modifier les recettes et d'opérer le changement sur deux ans; nous arriverons à terme avec celui-ci en fin d'année. Au lieu d'utiliser de l'huile de palme, nous utiliserons pour 34 produits, de l'huile de tournesol française, de l'huile d'olive ou du beurre.
Ce leader de la biscuiterie régionale bio française attache aussi beaucoup d'importance à la provenance régionale des produits, et achète la farine à une meunerie bio proche. Les produits phares de l'entreprise qui se vendent bien aussi à l'étranger, ce sont les biscuits dorés fourrés au chocolat, et les biscuits au chocolat pour enfants. 10 % de la production part en Belgique, Allemagne, Suède, Italie, Suisse ou Russie. Moulin de Pivert sert d'exemple à ce que font les fabricants face aux exigences environnementales de plus en plus grandes pour l'empreinte carbone, la distance parcourue par les produits (food miles), et la déforestation. Fidéliser la clientèle est une question importante en France car c'est une façon pour les magasins spécialisés de se démarquer en proposant des marques exclusives et uniques que les consommateurs ne trouveront que chez eux et non dans le secteur conventionnel.
Beaucoup de producteurs ont présenté de nouveaux produits qui ont fait l'objet d'un chapitre à part dans le catalogue de l'exposition. 12 produits parmi quatre catégories : Alimentation bio, Produits diététiques, Cosmétiques naturels et biologiques, Produits écologiques, ont été nommés meilleurs produits de l'année par le jury. Un espace leur était dédié à l'entrée de l'exposition. Vous trouverez plus informations sur les produits primés en allant sur le site internet de Natexpo.(Photo de gauche : les produits primés à l'espace qui leur était dédié)
Beaucoup de ces nouveaux produits émanent de petits producteurs bio tels que Croustisud. Cette entreprise ardéchoise, propose des légumes séchés en fines rondelles que l'on trouve ensuite comme chips croustillantes en paquets de 70g dans les magasins spécialisés bio. Au lieu de croquer des chips de pommes de terre, le consommateur goûte à différentes saveurs de carottes au thym, de navets au romarin, de cèleri ou de betteraves rouges. Pour l'instant ce petit producteur ne s'est lancé que sur le marché français.(Photo de droite : des légumes séchés joliment emballés)
Saldac, (Photo) un producteur provençal (Montélimar) était présent pour la première fois au salon pour présenter du chocolat avec du cacao équitable du Pérou. Une bonne douzaine de tablettes de 100g au goût différent, mais aussi dans des emballages plus petits pour le secteur de la restauration. L'entreprise travaille directement avec une coopérative péruvienne dans le centre du pays, qui en dehors du chocolat produit aussi du café, du thé du quinoa, et divers produits issus de fruits tropicaux.
Natexpo avait organisé pour la première fois sur le modèle de ce qui se fait à Biofach, un espace pour les textiles écologiques (Photo). Il s'agissait de regrouper tous les exposants au même endroit, et non pas d'avoir comme dans le passé certains stands textiles isolés. Mais cela n'a pas pas tout à fait bien fonctionné. Sous le panneau de
signalisation 'Espace Mode et Textile', il n'y avait que sept exposants sur douze a déclaré Julia Bronislawa avec regret. Elle était présente à Natexpo pour la deuxième fois avec sa collection de vêtements en matières naturelles qu'elle fait fabriquer en Pologne et qu'elle commercialise en France, et en Allemagne. Elle y trouve ses acheteurs dont entre autres, les magasins spécialisés bio disposant d'un rayon textile.
Grandir bio a été l'un des thèmes que l'on pouvait retrouver avec un logo spécifique tant au niveau de l'ensemble de l'exposition, que dans le catalogue lui-même. Cela a permis à des sociétés axées sur le marché des enfants ou adolescents de se faire remarquer.
Le taux de pénétration des marques allemandes sur le marché français n'a jamais été aussi élevé que cette année, environ 10 %. De plus en plus de fabricants allemands veulent profiter de cette manne de croissance qu'ils constatent en France; ils avaient leur propre stand (comme par exemple Lavera, Keimling, Isana, Regulat, ÖMA) à défaut, celui d'un importateur. Claus-Pural et Europ-Labo. sont deux grossistes qui assurent la représentation de sociétés allemandes sur le marché français. Pas étonnant donc que leur siège se trouve en Alsace à proximité de la frontière franco-allemande. Europ-Labo distribue en France des marques allemandes classiques de la diététique telles que Vitaquell, Bösen, Kanne, Dr. Bahlke, Liebhart Gesundkost, Morga, le fabricant suisse de produits diététiques mais aussi Rosengarten et Tinti spécialisé dans les jeux pétillants pour le bain. (Photo du haut : L'ambiance y est : Ulrike Claus et son père Heinz Claus avec des collaborateurs)
Nous avons 30 collaborateurs présents sur le stand a fait remarquer avec bonheur Heinz Claus qui s'est réjoui de l'excellente participation des sous-traitants sur les 130 m² de stand : Herbaria, Soto, Rabenhorst, Jentschura (à droite sur la photo, lors d'une présentation), Andechser, Naturcompagnie, Cotton People, Schär et Salus. La laiterie Weißenhorner Molkerei s'était fait représenter par sa nouvelle marque affiliée française La Corne blanche.
Une nouvelle agence commerciale était présente sur le stand Taifun, à
savoir Ecolive. La petite start-up de Grégory Gicquel (Photo) et Olivier Poteaufeux s'est donné pour objectif de représenter des fabricants français ou allemands sur des salons dans chacun des pays respectifs. Avec en plus, en contrepartie d'un budget marketing pas très élevé, d'assurer le suivi des appels téléphoniques, des mails, le suivi des campagnes publicitaires, d'offrir des dégustations, et de contacter sur place les grossistes et supermarchés bio. Byodo, Barnhouse, Euronat, Destination et d'autres, travaillent déjà avec le duo.
Taifun a fait ces dernières années, des efforts considérables pour investir dans le développement des cultures de soja en Europe. 70 % du volume annuel utilisé, soit 2000 tonnes, viennent de la région de Fribourg, d'où la so
ciété de transformation est originaire, mais aussi de France, d'Autriche ou d'Italie. Pour Taifun, la croissance sur le marché français a été de 18 % en 2010; cette année on estime qu'elle sera de l'ordre de 8 %. (Photo de droite : l'équipe de Taifun autour de Jesus Bastante/ Au milieu faisant déguster divers Tofu aux goûts différents)
Compte-tenu de ce que Natexpo est un salon professionnel, on peut dire que les présentations orales ont laissé quelque peu à désirer. Il y en a eu plus de 30 dispensées dans deux salles séparées par de simples cloisons et non isolées du brouhaha ambiant. Elles étaient au demeurant surchauffées. Dommage pour les présentations intéressantes car il était difficile de tendre l'oreille de façon détendue dans l'ambiance régnante. Les sujets allaient de la situation du marché bio allemand, italien ou anglais, en passant par des présentations de produits, jusqu'aux questions de commerce équitable. Dommage aussi que les sociétés présentant leurs produits n'aient pas pu le faire ailleurs, dans un endroit plus tranquille à l'écart des présentations certes intéressantes, mais plus générales.
On peut dire aussi que l'éclairage des halls a laissé à certains endroits, quelque peu à désirer. Les espaces qui n'avaient pas de lumière naturelle, comme celui de la dégustation des vins étaient désavantagés. Il y avait 24 stands de vignerons français venus des différentes régions viticoles, avec beaucoup de dégustations de vin. Stands particulièrement bien appréciés à midi et dans l'après midi par les visiteurs, aux dires de deux dames faisant goûter le vin (Photo). Service un peu maigre pour la presse aussi : dans la salle de presse, seules trônaient deux petites tables avec chacune une bouteille d'eau. Pas vraiment de quoi inciter les gens à écrire. La compensation est venue du côté de la variété des dégustations généreusement offertes sur les stands des grossistes et des producteurs.
Conclusion : Malgré les lacunes que l'on a pu constater ici ou là, Natexpo est un salon qui tous les deux ans, est incontournable pour qui s'intéresse de près au marché bio français. Comme tous les salons professionnels, il reflète ce qui se dit, ce qui se fait, et l'ambiance qui règne dans le secteur des produits biologiques. Il se distingue tout comme en Allemagne, très nettement du secteur conventionnel. Les taux de croissance élevés que l'on a pu constater ces dernières années, vont probablement pour diverses raisons, s'aplanir. Il s'agit avant tout pour le commerce spécialisé, de proposer des structures efficaces pour pouvoir à moyen terme tenir la route au niveau des prix et faire face à la concurrence. (Photo de droite : De la limonade Elixia, de première qualité)
Pour plus d'info : www.natexpo.com
28.10.2011