PAC : Appel à manifestation à Bruxelles

Auteur: Kai Kreuzer

Dès le début de la Conférence sur la réforme de la politique agricole commune, Volker Wieprecht, en tant que modérateur, est allé droit au but : Faut-il appeler à une manifestation de rue à Bruxelles? Quels moyens avons nous et comment pouvons nous parvenir à faire changer la politique agricole, que va-t-il advenir de ces timides tentatives de 'verdissement'? Toutes ces questions très intéressantes sur lesquelles on a discuté durant quatre heures, ont été posées à la Journée de l'agriculture biologique dans le cadre de la Semaine Verte à Berlin. Tous les intervenants ont reconnu de façon unanime, à l'exception du Secrétaire d'Etat Robert Kloos de la CDU, que les approches existantes étaient insuffisantes, et qu'il fallait de toute urgence changer la situation actuelle. Pendant la discussion on a complètement oblitéré le rôle des consommateurs, pourtant connus pour être également des électeurs. Comment les faire participer aux objectifs de l'agriculture biologique et sous quelle forme? La Journée de l'Agriculture était organisée par le BÖLW -Bund Ökologische Lebensmittelwirtschaft (La Fédération nationale allemande des producteurs, transformateurs et distributeurs de produits issus de l'agriculture biologique).
(Photo : Jan Plagge/à droite, MartinHäusling/ au milieu, Elke Röder/à gauche)

 

Dr. Felix Prinz zu Löwenstein, Président du Comité Directeur du BÖLW, a rebondi sur cette question en déclarant qu'il était grand temps que l'agriculture réponde aux attentes de la société. Les deniers publics sont là pour être consacrés à des biens publics ; ils devraient être attribués en fonction des intérêts de la société et de la vision qu'elle en a. “Le consommateur soutient notre modèle agricole“ a-t-il déclaré. L'auteur du livre 'Food Crash' a critiqué avec pugnacité la folie de l'administration massive de médicaments aux animaux d'élevage, et la suppression de l'aide à l'agriculture biologique dans deux régions du pays. Des propos trop généraux en faveur d'une agriculture durable tels que Ilse Aigner, la Ministre de l'Agriculture les a tenus, restent lettre morte et sont sans consistance, si par derrière on ne vous dit pas exactement comment faire au niveau production, a-t-il souligné.
 

Prof. Dr. Beate Jessel (Photo) du Bundesamt für Naturschutz (BFN) (Office Fédéral pour la Conservation de la Nature) a donné un aperçu global de la politique agricole commune (PAC) sur ces 50 dernières années. On a que trop construit sur des surfaces agricoles utiles notamment sur des prairies. A l'heure actuelle on perd 87 ha de terres arables par jour. Même la biodiversité se réduit comme on a pu le constater sur la population aviaire qui vit sur ces terres. Le seuil que l'on s'était fixé de 80kg d'azote à l'hectare dans le sol, est largement dépassé puisqu'on en est à 105kg/ha. Le taux de nutriments et de polluants présents dans les eaux de surface et souterraines semble avoir diminué dans certaines régions, mais dans d'autres rien n'a changé, il est encore très élevé., a-t-elle déclaré.
 

Pour résumer son analyse elle a souligné que les propositions de la Commission allaient dans le bons sens, mais que le 'verdissement' devait aller encore plus loin. Garder le cap des 20 % de terres agricoles conduites en bio en Allemagne et augmenter le nombre de réservoirs écologiques pour promouvoir la biodiversité, sont pour elle, des mesures non négligeables. Elle a également souligné que dans le cadre des propositions de 'verdissement' formulées par la Commission Européenne, il fallait un meilleur financement des mesures agro-environnementales (ledit pilier 2) Les efforts faits par les agriculteurs dans le cadre de la réforme de la politique agricole 2013, devraient être plus valorisés selon la devise 'Public Goods for Public Money' (Argent public pour biens publics'). Des pouvoirs publics on attend aujourd'hui qu'ils offrent une agriculture multifonctionnelle au service de tous les citoyens.

Commission Européenne Office fédéral pour la Conservation de la Nature, Dr. Beate Jessel
Composante 'verte'' (écologique)
30 % des paiements directs versés par la Commission seront obligatoirement liés à la composante écologique


7% de surfaces d'intérêt écologique prioritaires


Probable interdiction des rotations de cultures sur les prairies temporaires


25 % au minimum du budget total d'aide à l'agriculture, pour l'agro-environnement
 

Co-financement maximal à hauteur de 50 %


L'agriculture biologique considérée comme une mesure à part dans l'article 30 

Conception inadéquate de la composante 'verte' (écologique) , peu d'impact sur l'environnement, charges administratives plus lourdes


Définition peu claire de ce qu'est une 'surface d'intérêt écologique' prioritaire
 

Maintien des prairies/pâturages permanents à partir de 2014.

Risque de transgression dans l'intervalle

Affaiblissement des mesures agro-environnementales


Aucune incitation financière comme par ex. proposer 80 % de co-financement pour des régions défavorisées

Mieux faire interagir les mesures de croissance verte avec les mesures agro-environnementales.

Mieux mettre l'accent sur les mesures
 

L'agriculture biologique devrait figurer comme mesure obligatoire dans l'article 30

  
Jan Plagge (Photo de gauche) en tant que Président de Bioland a plaidé pour que  les milliards d'euros dépensés en subventions agricoles soient réaffectés à des  mesures agro-environnementales (du pilier I vers le pilier II). Elke Röder (Photo : en grande conversation avec Jan Plagge) Directrice du BNN Herstellung und Handel, s'est dite convaincue que si l'on demandait l'avis des consommateurs sur la politique agricole, ils se prononceraient pour plus de mesures en faveur de l'environnement.

Dr. Robert Kloos (Photo de droite) s'est prononcé quant à lui pour une agriculture plus durable. “Nous voulons amener les 94 % d'agriculteurs qui ne pratiquent pas l'agriculture biologique vers plus de durabilité“ a-t-il déclaré. Martin Häusling du Groupe des Verts/Alliance Libre Européenne a critiqué le nouveau discours teinté de propos écologiques de certains députés européens. Tous ont pris entre temps fait et cause pour la durabilité a-t-il dit, seulement la réalité c'est que les mesures préconisées par le Commissaire Européen en charge de l'Agriculture, Dacian Ciolos, sont massivement combattues par le lobby agricole. Il serait bien plus opportun de  mettre en place des mesures qui viseraient à freiner les changements climatiques, préserver les sols, à encourager la biodiversité et le développement rural
 

“La logique de la politique agricole commune est à revoir de fond en comble ; elle aurait bien besoin d'être remise d'aplomb. Les défenseurs de l'agriculture biologique doivent se faire plus entendre à Bruxelles, ne plus rester dans leur coin“, a déclaré Martin Häusling (Photo de gauche). “On importe encore et toujours 80 % de nos protéines fourragères essentiellement d'Amérique du Sud au lieu de mettre au point notre propre stratégie de développement “a-t-il ajouté d'un ton critique. “C'est une illusion de considérer l'Europe comme un pays exportateur de viande de porc etc., alors que dans le même temps on a besoin de millions d'hectares de terres dans les pays en voie de développement, pour la production fourragère“.
 

Il a également regretté que la Commission Agriculture et Développement Rural s'évertue à impliquer des groupements représentant avant tout l'agriculture conventionnelle dans les débats, au lieu de chercher à ouvrir le dialogue avec les associations de consommateurs et de défense de l'environnement. Il a appelé les militants à se rapprocher de leurs élus politiques locaux pour qu'ils demandent des changements. Les dispositions de la future politique agricole sont de toute façon négociés à la fin entre la Commission et le Parlement. (Photo : Martin Häusling l'eurodéputé Vert : pour lui, il est beaucoup trop question d'argent et pas assez de perspectives d'avenir)
 

Pour ce qui est de la politique agricole allemande, Dr. Alexander Gerber (Photo de droite) Directeur de BÖLW n'a pas mâché ses mots. La Ministre de l'Agriculture Ilse Aigner et le Président du DBV (Syndicat agricole allemand) Gerd Sonnleitner, ont dit qu'il existait certes des problèmes en Allemagne, mais qu'ils étaient déjà résolus. “Il n'y a de la part de la classe politique aucune volonté de prendre des mesures courageuses pour soutenir et accompagner la durabilité“. Le taux d'azote dans le sol dont l'agriculture est responsable est toujours aussi élevé, rien n'a été fait, ce qui continue à peser irrémédiablement sur l'environnement. Pour ce qui est des propositions faites par la Commission Européenne sur la future politique agricole commune il a déclaré que le verre n'était ni à moitié vide ni à moitié plein, mais rempli tout au plus au quart. “Il faut certes saisir l'occasion, encore faudrait-il qu'il y ait derrière celle-ci, du contenu et qu'il soit développé“. La règle des 7 % de terres non productives affectées à des surfaces d'intérêt écologique, est par exemple encore trop floue. Et puis il a plaidé pour que les fonds destinés aux subventions agricoles aillent plutôt en faveur de mesures agro-environnementales et de la biodiversité. Sans oublier que l'agriculture biologique devrait servir de modèle à la politique agricole de l'Union Européenne.
 

Commentaire: La manifestation qui s'est tenue à Berlin sur la politique agricole commune était opportune et réussie. Deux excellentes présentations, très marquées politiquement, celle de Beate Jessel (BfN) et celle de Martin Häusling l'Eurodéputé Vert allemand, sont allées droit au but. Deux courts métrages l'un sur le déroulement de la manifestation 'Wir haben es satt' ('Nous en avons assez') qui avait eu lieu une semaine auparavant, l'autre sur le marché bio de la Semaine Verte, ont montré aux yeux de tous ce dont il était question et ce que beaucoup de concitoyens pouvaient penser.

A regretter cependant : l'absence de millions de consommateurs dans la discussion; ce sont eux pourtant qui grâce à leurs achats quotidiens de produits bio font en sorte qu'il y ait une production bio. Approximativement 100 millions de consommateurs en Europe qui achètent soit régulièrement, soit occasionnellement des produits bio. Comment faire en sorte qu'ils soient entendus, par ex. par le biais d'une pétition sur internet, à l'échelon européen. Il est clair que sans le soutien massif de la part des consommateurs, qui sont en même temps des électeurs, la politique agricole commune ne changera pas.  Malheureusement personne côté auditoire, n'a pu faire état de cette question ce jour là, à Berlin.




 

14.02.2012

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